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Une nouvelle lexicologie a vu le jour : c’est le langage utilisé dans les sms (short message sent). Son omniprésence dans divers textes de nos conversations quotidiennes corrompt la langue française, voire notre niveau d’écriture et de lecture.

Le langage sms prend de plus en plus de l’ampleur. Dans une civilianisation du numérique où l’immédiateté et la rapidité rivalisent l’une l’autre, beaucoup de jeunes se placent en face d’un nouveau outil de communication. Autrefois, l’écriture sténographique semblait répondre aux exigences de la logique de la rapidité. Aujourd’hui, l’ère numérique se dote d’un jargon très subtil, consistant à écrire peu, mais pour vouloir dire beaucoup. Il s’agit précisément du langage sms. Cette nouvelle lexicologie sous-tend la rigueur de cette vélocité avec laquelle doit s’opérer le transfert d’informations allant d’un destinateur X à un destinataire Y. Un net procès intenté contre cette nouvelle lexicologie nous permettra d’évaluer ses circonstances d’utilisation, ainsi que ses réelles conséquences sur la jeunesse ambiante.

Nous sommes entrés dans une civilisation du numérique, il y a quelques décennies. Voilà une vérité indubitable. Dans cette culture caractérisée essentiellement par la profusion des Nouvelles Technologies de l’Information et de la communication, il se révèle que les jeunes figurent parmi les grands consommateurs de réseaux sociaux. Il est vrai que la logique de la domestication du virtuel s’accompagne d’une immédiateté qui contraint ses usagers à abréger les textes de leur message ou texto. Pour y parvenir, ils usent de diverses méthodes qui sont à leur portée. Nous ne serons étonnés de nous retrouver devant un texte mêlé à la fois de caractères aussi bien numérique qu’alphanumérique. À ce sujet, les exemples sont légion : « g s8 A la mson », « t là », « g pa mangé », etc., pour vouloir dire « je suis à la maison », « tu es là ? », et « je n’ai pas mangé ».

Par les temps qui courent, beaucoup d’éléments, de signes et de techniques entrent en considération dans l’articulation du langage sms. Dans la plupart des cas, un nombre important de jeunes – lesquels sont les détenteurs, voire la cible d’un tel outil de communication – affectionnent de mélanger chiffres (caractères numériques) et lettres (caractères alphabétiques). D’autres recourent aux emprunts de mots anglais ou d’autres langues, en abusant souvent de l’usage de la majuscule. Des conséquences immédiates, nous en avons plein le cœur. Peu de jeunes kinois, à titre illustratif, manipulent encore la langue de Molière. A l’inverse, très peu d’entre eux savent écrire et parler anglais. Force est alors de remarquer la récurrence et l’abondance de beaucoup de mots anglais dans de nombreux textes circulant à travers les réseaux sociaux. Ainsi est-il devenu plus facile d’écrire : « ksk u f now », que de griffonner : « qu’est-ce que tu fais maintenant ? ».

En dépit de la rapidité qu’il nous offre, le revers de la médaille du langage sms tend à porter atteinte aux règles traditionnelles de grammaire, d’orthographe, de phraséologie, etc. Puisque bon nombre de jeunes congolais préfèrent le français au lingala surtout lorsqu’il s’agit de s’expédier quelque texto les uns aux autres, il s’avère que la langue de Voltaire est offerte en holocauste sur l’autel des réseaux sociaux. Des textes impertinents, incohérents et truffés de coquilles, défilent sous les yeux des récipiendaires de Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Au nom de l’immédiateté, les règles de syntaxe sont bâclées. Notre crainte serait de voir cette nouvelle lexicologie s’ériger en la voie royale menant à la superficialité et à l’impertinence.

Eu égard à l’extension du langage sms en milieu des jeunes, nous estimons que ce nouveau type de jargon peut concourir, dans une certaine mesure, à la baisse du niveau de culture et d’écriture de ses fidèles usagers. Dans une forme communication où la promotion du style pittoresque et cohérent est reléguée au second rang, un nombre important d’élèves et d’étudiants congolais ne se sentent plus motivés à apprendre à écrire avec élégance, ni à agencer des idées avec beaucoup d’aisance.

Loin de répondre de manière tranchée à la question liée à la domestication ou au rejet du langage sms, nous pensons qu’il revient à nous, jeunes congolais, de produire des textes, sans pour autant massacrer les règles de grammaire. Il en va de notre santé intellectuelle. Comme l’ère numérique nous impose ses caprices !

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