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En marge et en préparation à la deuxième édition du FELIBI (Festival du Livre et de la Bible - Kinshasa), un jeu concours - LIBIQUIZ - adressé aux classes de 4e, 5e et 6e des humanités a été lancé. Nous vous proposons une ample réflexion sur le thème du jeu concours qui est d'ailleurs le thème de l'édition 2018 du FELIBI.

Vous pouvez trouver ici le dépliant du LIBIQUIZ recto - verso

Des millions d’années se sont déjà écoulés depuis que l’homme est apparu sur terre. De même, des générations et des époques se sont succédé les unes aux autres. Cependant, l’invention de l’écriture vers l’an 4 000 avant Jésus-Christ, qui marqua d’ailleurs le terme de la préhistoire ainsi que le début de l’histoire, fut à l’origine de la civilisation de la lecture. A cet effet, les papyrus égyptiens, les parchemins, les écorces d’arbres et tant d’autres supports qui pourraient se prêter aujourd’hui pour les ancêtres du livre moderne, servaient à la formation de la documentation écrite. Aujourd’hui, le livre se veut l’aboutissement de tous ces vieux supports d’écriture précités. En plus d’être un véhicule de connaissance, d’information et de communication, il est perçu comme la charnière entre plusieurs époques. Ainsi est-il considéré comme un pont jeté entre les générations.  Il reste alors de signifier – dans les lignes subséquentes – l’importance et la place réelle que devrait occuper ce média dans une civilisation à écritures, son privilège d’être à la lisière de plusieurs époques, ainsi que son impact à l’aune de la mondialisation.

Certes, le livre est un outil de communication de longue date. Ce support rame à contre-courant du voile d’ignorance et d’inconnaissance, car il est supposé être le vecteur de la connaissance et de la science, en ce sens qu’il ne nous renseigne pas seulement sur les informations et les données de la science actuelle, mais aussi et surtout sur les faits passés, les connaissances antérieures, les modes de vie d’autres peuples ayant  vécu dans le temps et dans l’espace.  Il s’érige en un outil préférentiel de culture en occupant une place centrale dans toute civilisation à prétention scripturaire, et nous préserve de tous les dangers et écueils qui abondent dans l’oralité. Ainsi diverses anciennes sociétés, qui autrefois étaient dépourvues d’écriture, recouraient-elles à la tradition orale en vue de la transmission de l’information de bouche à oreille.  A l’exception des hiéroglyphes égyptiens, du guèze éthiopien et d’autres écritures d’origine africaine, l’Afrique subsaharienne fut longtemps tenue pour le berceau de la civilisation de la parole. Cependant, les problèmes d’authenticité et de chronologie, de déformation de l’information…, étaient, en réalité, autant de reproches fulminés à toutes ces sociétés orales. Cet exemple que nous venons d’illustrer montre à suffisance la place réelle et prestigieuse de l’écrit dans une société à prédominance scripturaire.

Aussi le livre offre-t-il des connaissances plus ou moins exactes sur les différents domaines de la vie, sur diverses disciplines scientifiques. Sa prétention d’aborder toutes les questions existentielles de l’homme coïncide avec sa noble vocation, celle de diffuser des informations à grande échelle. En ce sens, la lecture demeure la voie royale par laquelle tout potentiel lecteur pourrait se frayer le chemin, afin de creuser ou de découvrir toutes les discrétions que l’histoire a pris soin de garder sous le sceau du silence. C’est ainsi que les Romains, ayant cerné la pertinence du livre depuis la vieille Antiquité en préférant l’écriture à l’oralité, n’hésitaient point à clamer haut et fort : « Verba volant, scripta manent », ce qui se traduit en français par « les paroles s’envolent, les écrits restent ».  C’est précisément cette propriété de figer des informations et des connaissances en les consignant dans un livre par le truchement de l’écrit, qui octroie à ce support le privilège d’être un pont entre les générations.

En plus d’être la matrice de toute civilisation à écritures, le livre assure une liaison indéfectible entre les âges et les époques. Par le biais de la culture de la lecture, nous avons l’impression que toutes les quatre périodes de l’histoire (l’Antiquité, le Moyen Age, les Temps Modernes et l’Epoque Contemporaine) sont reliées d’un seul trait. Elles ne sont plus de barrières infranchissables, ni de couches imperméables. Bien au contraire, le support livresque peut nous permettre de remonter dans le temps ou dans les cours des âges, de palper du doigt les mythologies antiques ou gréco-latines, d’apprécier les notions de féodalité et de seigneurie ayant largement caractérisé un Moyen Age largement dogmatique. De la même manière, les prouesses inédites ayant accompagné le siècle des Lumières et la modernité nous sont connues aujourd’hui grâce aux sources écrites. C’est ainsi qu’un étudiant congolais peut s’ouvrir à d’autres horizons, et faire irruption dans une culture qui n’est pas sienne en s’intéressant, à titre illustratif, à la lecture sur la vie et les mœurs des Aztèques du Mexique  ou des Incas du Pérou. Cette vue d’ensemble sur les anciens peuples indiens ayant fondé des empires en Amérique Latine, lui permet non seulement d’entrer en dialogue serré avec des civilisations précolombiennes, mais aussi de revisiter le passé en nouant les bouts de deux générations. Cet exemple paraphrase en quelque sorte cette citation d’André Maurois : « La lecture est une porte ouverte sur d’autres peuples. » Quoi qu’il en soit, il reste que cet outil de communication se confronte à beaucoup de défis à l’ère numérique.

Certes, il est vrai que nous assistons, au cours de ces dernières décennies, à l’invasion des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). La rapidité, la vélocité, l’immédiateté des informations sont à classer parmi les cadeaux que nous apporte la mondialisation. Dans ce contexte, des avancées technologiques significatives justifient la prolifération effrénée des moteurs de recherche ou des réseaux sociaux. Le comble, c’est que le livre semble être oublié, même s’il se sert parfois du numérique (des livres électroniques, des liseuses, des e-book par exemple) pour se rendre efficace.  Il perd de plus en plus ses lettres de noblesse en cédant sa prestigieuse place à l’écran. Par conséquent, il donne l’impression de devenir désuet !

Pourtant, il est grand temps de ne pas vouer le livre à la déesse techno-science, en refusant de le sacrifier sur l’autel du numérique. En effet, ce média de longue date devrait demeurer irremplaçable, malgré l’omniprésence écrasante de  différentes plateformes de la technologie ambiante. Car, il est comparable à un pont jeté sur une rivière : il permet d’en relier les deux rives, l’une à l’autre. Par le biais de la lecture, un lecteur avisé peut parvenir à voyager, mais tout en restant sur place ; à percer les coulisses de l’histoire en remontant dans le temps et dans l’espace. Il parcourt le monde entier en un rien bout de temps, il pénètre le cours des âges, il interroge les événements, les hérauts et les héros. Environ deux millénaires se sont déjà écoulés depuis que Jésus et Socrate, à titre illustratif, ont tâché de révolutionner les temps et les mœurs par la qualité et la pertinence de leurs enseignements. Bien que ces deux grands personnages historiques n’aient laissé aucun écrit, les évangélistes, Platon et compagnie, nous renseignent davantage sur leur vie par le biais de la productivité d’une littérature féconde. Cet exemple atteste combien le livre peut s’ériger en une charnière qui accolerait deux ou plusieurs époques. De même, les religions dites « du livre », en l’occurrence le judaïsme, le christianisme et l’islam, puisent respectivement leurs racines dans  la Torah, la Bible et le Coran. Par le biais de ces trois textes considérés comme révélés, la génération contemporaine des adeptes de toutes ces obédiences religieuses peut se sentir en communion avec les autres générations antérieures. Par conséquent, le support écrit demeure incontestablement un pont jeté sur le cours des âges : quiconque en use, peut s’ouvrir à d’autres époques et à d’autres civilisations. D’où la nécessité d’instaurer un dialogue serré et sérieux entre le livre et l’écran, afin que le virtuel ne s’oppose pas à l’écrit, mais l’accompagne jusqu’à sa pleine réalisation.

En guise de conclusion, il s’avère que  la place centrale qu’occupe le livre dans une société à écritures est indéniable. Bien qu’il se sente obligé de relever plusieurs défis à l’ère numérique où l’écran minimise sa portée en prétextant le remplacer, ce véhicule de connaissance est le miroir d’un peuple, d’une culture ou d’une époque. Par analogie à un pont jeté sur une rivière, il permet d’accoster plusieurs générations et de les faire traverser toutes d’un fil rouge. Dans ce contexte, le philosophe français René Descartes aurait-il raison, lui qui clamait en plein XVIIe siècle: « La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs.» ?

 

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