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« Chers jeunes, je vous exhorte à devenir des familiers de la Bible, à la garder à portée de la main, pour qu'elle soit pour vous comme une boussole qui indique la route à suivre. » C’est là le message adressé par Benoit XVI aux jeunes du monde entier, à l’occasion de la XXIe Journée Mondiale de la Jeunesse, en 2006. Le pape émérite exprimait ainsi une de ses grandes convictions : c’est dans le Livre Saint que les jeunes trouvent l’orientation (la boussole) indispensable à leur foi. Mais cette rencontre avec la Bible doit se faire correctement et avec un soin tout particulier : il ne s’agit pas, en effet, de considérer la Bible comme un deus ex machina, ou comme un livre de recettes miraculeuses, mais de l’intégrer dans un projet plus vaste d’évangélisation, une évangélisation pensée en termes d’engendrement. C’est pourquoi, on veillera à ne pas réduire l’usage de la Bible – qui connaît aujourd’hui un certain regain d’engouement dans le peuple de Dieu – à une simple pratique dévotionnelle, mais à l’accueillir comme Parole de vie qui nous engendre à la vie de chrétien…

Commençons par affirmer tout d’abord trois convictions : La grâce de la Parole de Dieu s’offre à chacun, et en particulier aux jeunes, au cours d’un processus de maturation et de formation dans lequel les textes bibliques sont les pierres de construction d’une foi structurée, bibliquement fondée, un processus de formation qui s’inscrit donc dans une dynamique d’évangélisation qui respecte le cheminement de chacun. Cela implique de faire un choix précis au niveau pédagogique : la Bible doit être regardée, non comme un livre – ou une bibliothèque composée des livres qu’elle renferme – mais comme un monde de personnages et d’évènements, et donc située dans un parcours historique nourri d’expériences. Le profond aspect doctrinal de la Parole de Dieu s’exprime d’abord au cœur de la vie et de l’histoire d’un peuple, dans des cultures et des époques différentes à la nôtre, ce qui nous oblige à procéder ensuite à une sérieuse inculturation pour notre temps. Mais il est vrai que le chemin de foi ne pourra jamais se passer de la Bible, qui est comme une boussole, précisément ; l’amitié profonde et la relation avec Jésus sont racontées dans les témoignages de ceux qui sont les premiers à l’avoir rencontré et les témoignages de ceux qui sont venus après eux, au long des siècles jusqu’aujourd’hui ; aujourd’hui comme hier, la Bible peut être accessible aux jeunes, car aujourd’hui comme hier le Maître appelle : « Venez et voyez » (Jn 1, 39). Et c’est bien ce qui est en train de se passer dans tous les pays. Rappelons-nous l’expérience, connue dans le monde entier, que le Cardinal Carlo Maria Martini (1927-2012) proposa aux jeunes de Milan, ce cardinal à propos duquel le Pape Benoît a dit aux jeunes de se référer à lui, comme à un « véritable maître ». Pour approfondir ce thème, arrêtons-nous maintenant sur deux points : Qu’en est-il du rapport effectif entre les jeunes et la Bible ? Quelles orientations pratiques pour proposer la Bible aux jeunes ? Prise seule, la Bible ne risque pas de susciter chez les jeunes, et a fortiori chez les adolescents, un intérêt ni un attrait particuliers. Au contraire du témoignage de foi donné par une personne croyante, on observe chez les jeunes une profonde indifférence envers le message de foi transmis par l’Écriture Sainte, indifférence qui s’accompagne – en étant tout à la fois cause et effet – d’un degré notable d’ignorance et surtout de la difficulté à en percevoir l’importance vitale. Hormis peut-être la personne de Jésus, les personnages de la Bible apparaissent plutôt insignifiants à leurs yeux. En somme, pour ces jeunes, immergés dans un univers souvent « virtuel », polarisés sur des intérêts d’un autre ordre, aspirant à des loisirs qui comblent leur soif d’intensité et de plaisir, et qui utilisent des langages expressifs dans lesquels ne prévalent ni la forme écrite ni la mémoire historique, pour ces jeunes donc la Bible n’apparaît, au mieux que comme un canal de communication brouillé, décalé, ils sont « ni pour ni contre mais en dehors ». D’ailleurs, dans le monde biblique, les contenus que l’Écriture véhicule sont transmis par des adultes et ne parviennent aux jeunes que dans une relation intergénérationnelle, marquée par le flux vital de la tradition vivante, maintenue telle par des personnes vivantes (cf. Ex 12, 14. 42 ; 2 Tm 3, 14). La deuxième attitude, que l’on observe chez de nombreux jeunes, est leur surprenante disponibilité à l’égard de la Bible. Il faut reconnaître cependant, qu’on ne parvient pas à une telle réceptivité, du moins au début, par la simple autorité d’une page biblique, même si celle-ci est Parole de Dieu, mais grâce à l’accompagnement d’adultes qui sont aux côtés de ces jeunes, à la fois éducateurs patients et témoins crédibles de Jésus, des personnes, en somme, dont la vie est en cohérence avec la Parole de Dieu qu’elles annoncent. C’est exactement ce que montre l’expérience de Benoît XVI, de Jean-Paul II avant lui, et maintenant du Pape François : lorsqu’ils transmettent la Bible aux jeunes, leur témoignage de vie et de foi les rend crédibles aux yeux des jeunes et répond à leur besoin de repères et de certitudes.

Notons aussi que des circuits privilégiés jouent un rôle important dans l’éveil de cette disponibilité : il s’agit des parcours de foi proposés à des moments favorables (par ex. lors de camps bibliques organisés pour les jeunes, ou au cours d’une retraite spirituelle) et ceux proposés au sein de mouvements bien organisés. Pour un certain nombre d’adolescents le parcours proposé pour la confirmation est le seul canal biblique qui fonctionne…

Nous avons commencé avec le pape Benoît, nous terminons avec un témoignage passionné du pape François, s’adressant aux jeunes, dans la préface qu’il a écrite pour une nouvelle Bible pour les jeunes, parue en allemand : « Chers jeunes amis, il se pourrait bien que vous ne soyez pas très impressionnés en voyant ma Bible : " Quoi, c’est ça la Bible du pape ! Un si vieux livre, tout usé ! " Pourtant, je n’en voudrais pas une autre, même si vous m’en offriez une nouvelle à 1 000 dollars ! J’aime ma vieille Bible qui m’a tenu compagnie tout au long de la moitié de ma vie. Elle a vu mes grandes joies, et elle a été mouillée de mes larmes. Je vis d’elle, pour rien au monde je ne voudrais m’en séparer. » Après avoir commencé sur le ton de la confidence, le pape poursuit en interpellant les jeunes : « Vous faites bien du sport ensemble, ou du shopping ensemble. Pourquoi ne liriez-vous pas la Bible ensemble, à deux ou trois ou quatre ? Dehors dans la nature, en forêt, sur la plage, le soir, à la lueur de quelques bougies... ce serait pour vous une expérience extraordinaire ! Ou bien auriez-vous peur de vous ridiculiser en faisant cette proposition ? Lisez la Bible attentivement ! N’en faites pas une lecture superficielle comme en lisant une bande dessinée ! Ne vous contentez pas de survoler la Parole de Dieu (...) C’est ainsi uniquement que la force de la Parole de Dieu peut agir en nous, que notre vie peut changer, devenir grande et belle. »

père Cesare Bissoli, sdb

 (extrait d’un article dans B.I.B. - Bulletin Information Biblique, n° 89, déc. 2017)

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